Pokémon a trente ans. Trente années que les monstres de poche nous inondent de jeux, de cartes, d’animés et de goodies. Trente années que j’assiste, simple spectateur, à cette pokémania qui ne cesse de prendre de l’envergure. Il est temps de rattraper le temps perdu.
Pokémaniaques
Faut-il encore présenter Pokémon ? Forte de millions de ventes et d’une manne financière de plusieurs milliards de dollars1, la franchise Pokémon est considérée comme l’une des plus rentable au monde. Plus intéressant que ces histoires de gros sous, Pokémon c’est surtout une communauté de fans planétaire et une popularité tellement forte que personne ne peut passer à côté. Mais trente ans plus tard, entre amour éperdu des uns et moqueries des autres, il est difficile d’y voir clair dans ce déchaînement de passions partisanes. Un climat particulier dont les jeux vidéo (téra)cristallisent la plupart des critiques. De quoi laisser sur le carreau celles et ceux qui veulent simplement jauger l’intérêt des incursions vidéoludiques de la licence.

Ainsi, en 2026, il n’est pas aisé de savoir si les Pokémon sont de bons jeux ou de sombres escroqueries. Incontournables pour les uns, réchauffés et désastreux pour les autres, devant tant de signaux contraires, il ne reste alors qu’une seule solution : l’expérimentation personnelle. Mais avant d’opérer un retour vers le futur en me ruant sur le dernier épisode canonique, il me vient une folle envie de revanche sur mon enfance et sur un certain épisode Rouge débarqué en France en 1999.
Pokémon version Rouge, mon dracaufour
En réalité, si je me présente en tant que spectateur, c’est davantage par humilité que par posture. Enfant des années 90-2000, je n’ai évidemment pas échappé à la fièvre Pokémon. Comme beaucoup, j’ai regardé le dessin animé et ai échangé quelques cartes dans la cour de récréation. C’est ainsi que je m’étais procuré, en occasion, une étrange cartouche rouge décorée d’un dragon. Vous l’aurez compris, j’ai donc déjà joué à un jeu Pokémon. Le tout premier, Pokémon Version Rouge2 sur Game Boy3. Plus précisément, j’y ai joué quelques heures avant d’abandonner. Depuis, plus de Pokémon à mon horizon mais un sentiment tenace : celui, désagréable, d’être passé à côté de quelque chose.

Tout avait bien commencé pourtant. La brève animation d’introduction avait faite, chez moi, forte impression. Cette mélodie crachotante et ces quelques pixels avaient suffi à me projeter instantanément dans l’univers de Pokémon. Je n’étais plus un enfant plissant des yeux devant sa console sans rétro-éclairage. J’étais devenu un intrépide dresseur, comme dans le dessin animé, et le monde des pokémons me tendait les bras. Premières captures et premières arènes, mes débuts furent enchanteurs. Cependant, malgré quelques badges en poche, les ennuis commencèrent vite.
« Le retrogaming était ringard et quant à internet, […] c’était presque de la science-fiction. »
Çà et là un objet me bloquait, des personnages m’empêchaient de progresser et la gestion des CT/CS (attaques spéciales des pokémons) me posaient quelques difficultés. En bref, j’étais paumé. Pour ne rien arranger, non seulement je n’avais pas le manuel du jeu mais, en plus, je jouais à cette version quelques années après sa sortie. À cette époque, Pokémon en était déjà à sa troisième génération ! Impossible donc de compter sur mes camarades ou sur les magazines pour espérer de l’assistance. Le retrogaming était ringard et quant à Internet, inutile de préciser qu’à l’aube des années 2000, c’était presque de la science-fiction. Résigné, j’abandonnais alors ma casquette de dresseur pour la délaisser, sans le savoir, pendant plus de deux décennies…
28 Ans plus tard (ou presque)
En 2026, me voilà de retour prêt à conjurer la malédiction. Après avoir extirpé ma Game Boy Color4 et ma fameuse cartouche de leurs reliquaires respectifs, le moment de vérité approchait à grands pas. Ma console allait-elle fonctionner ? Ma sauvegarde avait-elle survécu ? L’écran était-il aussi horrible que dans mes souvenirs ? À ma grande surprise (et consternation dans le dernier cas), la réponse fut oui. C’est avec une certaine émotion que je relançais donc ma partie, capsule temporelle d’une existence encore insouciante. Mon Dracaufeu était toujours là, mon inventaire bordélique aussi et, surtout, ma confusion n’avait pas bougé d’un iota. Pour commencer, je me retrouvais à Bourg Palette, devant mon foyer. Un érudit y verrait une itération du monomythe5, phase finale du retour du héros après avoir accompli sa quête. La vérité, moins reluisante, c’est que ce retour aux sources n’était sans doute rien d’autre que le dernier réflexe d’un enfant penaud qui, après avoir épuisé toutes ses options, ne trouve rien de mieux à faire que de retourner chez môman. Déso pas déso Campbell6.

Quoi qu’il en soit, la réalité avait dépassé la métaphore, j’étais littéralement retourné au point de départ. Il me fallait désormais convoquer des souvenirs enfouis et explorer à nouveau ces étendues monochromes à la recherche de mon objectif. C’est là la première particularité de Pokémon formule originale. Sans indications précises (ou si peu) et sans journal de quêtes, passé un certain cap, trouver la suite de l’aventure pouvait être difficile. Je l’avoue, après avoir cherché un certain temps, je me suis vite tourné vers une soluce. Grand bien m’en fasse, car je m’apercevais très tôt que, pour ne rien arranger, la suite des événements dépendait notamment d’objets à récupérer auprès de parfaits inconnus au détour de zones labyrinthiques. Ambiance.
L’épreuve du temps
Soluce à l’appui, il ne me faudra finalement que quelques heures pour combler vingt années d’errance, récolter tous les badges et battre la Ligue. L’occasion de constater que derrière le vernis d’une formule aussi addictive qu’efficace se cachaient de nombreuses tares. Rencontres aléatoires à la fréquence insupportable, level design répétitif et poussif, combats déséquilibrés ou gestion catastrophique du stockage des pokémons, les points de friction sont nombreux. Mon abandon d’antan ne fait alors plus guère de mystère. Pokémon Version Rouge est une superbe promesse mais, sur la longueur, il se révèle frustrant, voire carrément désagréable.
Malgré tout, les bases du concept sont posées, solides. Un univers cohérent, des monstres inspirés et un concept unique parachèvent d’auréoler ce Pokémon d’une aura de mystère et de curiosité. C’est imparfait, brouillon même, mais au regard de l’ambition et de la singularité de la proposition, il n’est pas étonnant que ce premier jeu Pokémon soit devenu un incontournable à son époque. Mais qu’en est-il trente ans plus tard ? Le dernier épisode en date est-il à la hauteur ? Réponse très bientôt, dans la seconde et dernière partie de cet article !
Sources :
1. https://media.lesechos.fr/infographie/pokemon/
2. https://www.nintendo.com/fr-fr/Jeux/Game-Boy/Pokemon-Version-Rouge-266109.html
3. https://www.nintendo.com/fr-fr/Hardware/L-histoire-de-Nintendo/Game-Boy/Game-Boy-627031.html
4. https://www.nintendo.com/fr-fr/Hardware/L-histoire-de-Nintendo/Game-Boy-Color/Game-Boy-Color-627137.html
5. https://fr.wikipedia.org/wiki/Monomythe
6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Campbell




